BUFFON (G. L. de)


BUFFON (G. L. de)
BUFFON (G. L. de)

Buffon n’a pas pris une part active au combat philosophique du XVIIIe siècle, mais il y a joué son rôle, en donnant l’exemple d’une science débarrassée des influences religieuses, en affirmant l’unité de l’espèce humaine, en parsemant son œuvre de remarques inspirées de l’esprit philosophique.

C’est un écrivain dont le style noble et grave, précis et coloré, a assuré le succès. Il a donné la théorie de son art dans son célèbre Discours sur le style prononcé lors de sa réception à l’Académie française.

Des talents multiples

Naturaliste, philosophe et écrivain français, Buffon est né à Montbard en Bourgogne, et il est mort à Paris.

Fils aîné de Benjamin François Leclerc (1683-1775), qui devient en 1717 seigneur de Buffon et de Montbard et conseiller au Parlement de Bourgogne, Georges Louis Leclerc fait ses études secondaires au collège des jésuites de Dijon (1717-1723), puis étudie le droit (1723-1726). Attiré par les sciences, il va étudier la botanique et les mathématiques à Angers (1728-1730), puis, après un voyage en Italie, s’installe à Paris (1732). Ses premiers travaux le font entrer à l’Académie des sciences comme «adjoint-mécanicien» (1734). En 1739, il passe dans la section de botanique, et succède à Dufay comme intendant du Jardin du roi.

Il commence alors à travailler à son Histoire naturelle , tâche qu’il poursuivra jusqu’à sa mort; les trois premiers volumes paraissent en 1749, et obtiennent un succès considérable. Excellent administrateur, Buffon agrandit et enrichit le Jardin du roi, tout en amassant une grande fortune personnelle. Membre de l’Académie française (1753) et de toutes les grandes académies européennes, devenu comte de Buffon par la grâce de Louis XV, il est à sa mort le plus célèbre naturaliste de son temps. Marié en 1752, il avait perdu sa femme en 1769. Son fils unique devait mourir guillotiné sous la Terreur.

L’œuvre de Buffon comporte, d’une part, les Mémoires présentés à l’Académie des sciences de 1734 à 1752 (réédités dans les tomes I, II et IV du Supplément à l’Histoire naturelle ), d’autre part, deux traductions de l’anglais: la Statique des végétaux (Vegetable Staticks ) de Stephen Hales, 1734, et la Méthode des fluxions et des suites infinies (Fluxions ) de Newton, 1740, enfin l’Histoire naturelle . Celle-ci se divise elle-même en quatre ensembles: Histoire naturelle, générale et particulière publiée à Paris (1749-1767), en 15 volumes; Histoire naturelle des Oiseaux , Paris (1770-1783), en 9 volumes; Supplément à l’Histoire naturelle , Paris (1774-1789), en 7 volumes; Histoire naturelle des minéraux et Traité de l’aimant , Paris (1783-1788), en 5 volumes.

Buffon n’a pas rédigé seul les 36 volumes de son Histoire naturelle . L’Histoire des Quadrupèdes , qui forme l’essentiel des quinze premiers volumes, comporte des descriptions anatomiques rédigées par le médecin Daubenton. L’Histoire des Oiseaux a été écrite avec la collaboration de Guéneau de Montbeillard et de l’abbé Bexon. L’unité de l’œuvre n’en a d’ailleurs pas souffert.

Les premiers travaux de Buffon ont été consacrés aux mathématiques. Il faut surtout signaler le Mémoire sur le jeu de franc carreau , qui présente l’originalité de faire intervenir le calcul infinitésimal dans le calcul des probabilités. Par la suite, Buffon utilisera les mathématiques dans ses recherches sur la résistance du bois et sur le refroidissement des planètes, ainsi que dans son Essai d’arithmétique morale (Supplément , t. IV, 1777), mais ces travaux montrent que, pour lui, les mathématiques ne sont qu’un moyen de préciser l’idée qu’il peut avoir des choses, et non une discipline autonome. Il est ingénieur plus que mathématicien.

Par contre, il est philosophe de tempérament. Le tome I de l’Histoire naturelle (1749) s’ouvre par un discours De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle , qui est une réflexion sur la valeur de la connaissance humaine. Rompant à la fois avec l’idéalisme rationaliste et l’empirisme sceptique, Buffon affirme la validité d’une science fondée sur les faits, mais sachant en dégager les lois, débarassée de toute téléologie, d’une science qui sans doute ne vaut que pour l’homme, mais qui est la seule que l’homme puisse atteindre. Par la suite, Buffon admettra que l’homme peut découvrir les vraies lois de la nature (De la nature , 1re et 2e vues, Histoire naturelle , t. XII et XIII, 1764-1765). Son tempérament rationaliste l’emporte alors sur sa formation philosophique, d’inspiration sceptique.

Le naturaliste

L’œuvre scientifique de Buffon touche essentiellement à trois domaines des sciences naturelles, la géologie, la biologie générale et la zoologie, à laquelle il faut associer l’anthropologie. Les Époques de la nature (Supplément , t. V, 1779) forment une espèce de synthèse de sa pensée dans tous ces domaines.

À la «théorie de la Terre» Buffon a consacré un long traité en 1749 (Histoire et théorie de la Terre, Hist. nat. , t I), puis de nombreux articles du Supplément (t. II, 1775). Enfin, après les Époques de la nature , l’Histoire naturelle des minéraux , sa pensée a évolué, mais est restée fidèle à certains principes. En particulier, Buffon a toujours refusé les théories «catastrophiques» et ne veut admettre en géologie que les «causes lentes», les «causes actuelles», celles qui agissent encore aujourd’hui.

Dès 1749, Buffon présente une hypothèse importante sur l’origine du système solaire: il suppose que le Soleil a été heurté tangentiellement par une comète (il croyait, avec Newton, que le noyau des comètes était très dense) et que la matière arrachée au Soleil par ce choc a formé les planètes. Cette hypothèse ne respectait pas les lois de la mécanique céleste (comme Euler le démontra aussitôt), mais elle n’en est pas moins la première cosmogonie d’inspiration newtonienne qui s’oppose en même temps à l’aspect providentialiste de la pensée de Newton lui-même.

Attentif, comme tous ses contemporains, à la présence d’innombrables débris fossiles dans les lits de roche, Buffon, en 1749, attribue à l’action de l’eau la formation de tout le relief terrestre. Par la suite, il admet qu’un premier relief a été constitué au moment où le globe terrestre, d’abord en fusion, s’est solidifié. L’eau a ensuite agi sur ce premier relief, en décomposant le «verre primitif», en nourrissant les animaux à coquilles, en transportant et en déposant leurs débris et les produits de l’érosion. Cette hypothèse de l’action physico-chimique de l’eau est à l’origine de l’idée importante de la «génésie des minéraux», c’est-à-dire de leur formation à partir d’une roche primitive. Persuadé de la solidité absolue du globe terrestre, au moins dans ses couches supérieures, Buffon n’a pas eu l’idée des roches métamorphiques. Sa pensée minéralogique est évidemment faible, faute de connaissances chimiques suffisantes. Il lui reste le mérite d’avoir définitivement imposé une attitude scientifique en face des problèmes de l’histoire de la Terre, d’avoir affirmé l’origine animale ou végétale des fossiles et l’origine végétale du charbon de terre, et surtout d’avoir tenté de dater le passé de notre globe.

En biologie générale , Buffon a surtout étudié le problème de la reproduction, propriété essentielle de la matière vivante. Il imagine cette matière comme formée d’atomes vivants, les «molécules organiques vivantes». Absorbées au cours de la nutrition, recevant dans l’organisme des parents l’«empreinte» d’un «moule intérieur», ces molécules sont aptes à se rassembler pour former un nouveau corps vivant, semblable à celui des parents. Cette théorie a surtout le mérite de réintroduire l’épigenèse et l’étude des phénomènes d’hérédité dans un domaine où la théorie régnante de la préexistance des germes avait stérilisé la recherche. Restait à expliquer l’origine de ces «molécules organiques»: Buffon le fera dans les Époques de la nature .

La description des espèces animales, quadrupèdes et oiseaux, constitue la majeure partie de l’Histoire naturelle . Buffon élargit le cadre de ces descriptions, y introduisant l’étude des caractères physiologiques, des mœurs et de l’habitat. L’attention portée à ces questions lui a permis d’aborder de façon neuve certains grands problèmes zoologiques, en particulier la classification et le transformisme. Refusant toute classification arbitraire, Buffon ne veut connaître que l’espèce , qu’il définit par sa perpétuité. Il en arrive cependant à réunir des espèces, séparées par leurs mœurs ou leur habitat, mais physiologiquement voisines, constituant ainsi des familles ayant une unité biologique. Ces familles sont issues d’une espèce unique et se sont diversifiées avec le temps, sans que ces variations atteignent les caractères biologiques essentiels. Les types fondamentaux sont nés spontanément, d’un rassemblement de molécules organiques. Ils ne dérivent pas les uns des autres, et Buffon n’acceptera jamais l’hypothèse transformiste présentée par Maupertuis en 1751.

Publiant en 1749 une Histoire naturelle de l’homme , où le moral est étudié autant que le physique, Buffon est un des fondateurs des sciences humaines. Disciple de Locke et de la psychologie sensualiste, il montre, par des remarques prudemment dispersées dans son œuvre, comment la raison humaine s’est développée grâce au langage, le langage grâce à la société, et la société grâce à la lenteur de la croissance physiologique de l’homme, qui exige l’existence de familles durables.

Les Époques de la nature (1779) rassemblent, dans une histoire générale de la nature sur la Terre, toutes les préoccupations de Buffon. Le fil conducteur chronologique est fourni par le refroidissement du globe terrestre à partir de sa sortie du Soleil. Buffon estime officiellement à 75 000 ans l’âge de la Terre (mais, dans ses manuscrits, parle de trois millions d’années). Quand la température l’a permis, les molécules organiques se sont formées par de simples combinaisons chimiques, et se sont rassemblées pour constituer les espèces animales majeures, y compris l’espèce humaine. Buffon utilise les découvertes paléontologiques pour imaginer les grandes migrations animales. La fin du livre souligne les progrès de l’humanité, qui doivent faire de l’homme le maître de la nature.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Buffon — Saltar a navegación, búsqueda Buffon puede referirse a: Personas Georges Louis Leclerc, conde de Buffon, matemático, biólogo y cosmólogo francés. La aguja de Buffon, clásico problema de probabilidad geométrica, relacionado con el número π y… …   Wikipedia Español

  • Buffon — may refer to: *Georges Louis Leclerc, Comte de Buffon (1707 ndash;1788), French naturalist *Gianluigi Buffon (born 1978), Italian football goalkeeper *Lorenzo Buffon (born 1929), former Italian football goalkeeper, uncle of Gianluigi *Buffon,… …   Wikipedia

  • Buffōn [2] — Buffōn (spr. Büfong), 1) Georg Louis Leclerc, Comte de B., geb. 7. Sept. 1707 zu Montbard in Bourgogne; widmete sich dem Studium der Naturwissenschaften, durchreiste mit dem jungen Herzog von Kingston Frankreich, Italien u. England, wurde 1739… …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Buffon — ist der Familienname folgender Personen: Georges Louis Leclerc de Buffon (1707–1788), französischer Naturforscher Gianluigi Buffon (* 1978), italienischer Fußballspieler Lorenzo Buffon (* 1929), italienischer Fußballspieler …   Deutsch Wikipedia

  • Buffon —   [by fɔ̃], Georges Louis Leclerc, Graf von, französischer Naturforscher, * Montbard (bei Dijon) 7. 9. 1707, ✝ Paris 16. 4. 1788; Privatgelehrter, seit 1739 Verwalter des Jardin des Plantes, Mitglied zahlreicher Akademien, seit 1753 auch der… …   Universal-Lexikon

  • Buffōn [1] — Buffōn (spr. Büfong), Dorf im Arrondissement Sémur, Departement Côte d Or, an der Braine u. dem Armançon; 350 Ew. In der Nähe Eisengruben, Hochöfen u. Eisenhämmer, errichtet von dem Naturhistoriker Buffon, ehemaligem Besitzer des Dorfes …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Buffon (de) — Désigne celui qui détenait la seigneurie de Buffon, commune de la Côte d Or. Le toponyme (Betfons en 1126) contient sans doute l élément font (= fontaine, source). Le premier élément est plus incertain (peut être buet = lavoir) …   Noms de famille

  • Buffon — (spr. büfong), George Louis Leclerc, Graf von, Naturforscher, geb. 7. Sept. 1707 zu Montbard in Bourgogne, gest. 16. April 1788 in Paris, widmete sich dem Studium der Naturwissenschaften und durchreiste mit dem Herzog von Kingston Frankreich,… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Buffon — (spr. büffóng), George Louis Leclerc, Graf von, Naturforscher, geb. 7. Sept. 1707 zu Montbard (Côte d Or), seit 1739 Intendant des königl. Gartens zu Paris, gest. das. 16. April 1788. Seine Werke (»Histoire naturelle«, 36 Bde., 1749 88 u.ö.) sind …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Buffon — (Büfong), Georg Louis Leclerc, Graf von, einer der berühmtesten Naturforscher des vorigen Jahrhunderts, geb. 1707 zu Montbard in Bourgogne, bereiste in Gesellschaft des jungen Herzogs von Kingston und dessen gelehrten Führers Frankreich, Italien… …   Herders Conversations-Lexikon